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Pendant ce temps au Durablistan

Patricia Couture-Gurkovska

mardi, 2 février 2010

LA ROLEX DES COURGETTES

Le plus renommé des horlogers de luxe  ne pourra être accusé de surfer sur la présente vague écolo-vertueuse,  lui qui a déjà suffisamment de capital, vert ou autre (les plus chères de ses montres-bijoux frôlent le million de dollars). En effet, les Rolex Awards for Entreprise, très méconnus du grand public,  encouragent l’esprit d’entreprise à travers le monde depuis 1976 déjà, en récompensant des projets pionniers et innovants qui contribuent au mieux-être de l’humanité. Evidemment les nouveaux enjeux planétaires ont amené la création d’une catégorie Environnement, dont les lauréats de tous azimuts rivalisent d’idées « durables ».

La Paraguayenne Elsa Zaldivar par exemple, gagnante de 2008, cherchait une façon de redonner de l’emploi aux paysans après la mort de l’industrie du coton et le désastre environnemental de la déforestation causée par la culture extrême du soya. Elle s’intéressa alors à la luffa, cette  abondante variété de grosse courge dont les fibres  séchées sous forme d’éponge  vous  servent peut-être d’exfoliant. La coopérative de femmes dont Elsa est à l’origine devient si compétitive qu’elle exporte jusqu’en Europe et peut rivaliser avec les plantations de luffa chinoises.

C’est cependant avec l’aide d’un ingénieur industriel qu’elle trouva aussi une solution pour les quelque 300 000 familles du pays sans logement adéquat : mélanger les retailles et pertes de la luffa avec du plastique recyclé.  Le matériau ainsi formé sert à la fabrication de panneaux ulta-résistants, légers et très abordables, avec lesquels on fabrique maisons et meubles. La production des panneaux ne génère aucun déchet, et ils peuvent eux-mêmes être recyclés plusieurs fois, jusqu’à ce que le composite ne devienne trop riche en fibres. La mixture peut  alors être utilisée comme un puissant carburant.

Le très beau et foisonnant site des Rolex Awards (en anglais seulement) regorge des initiatives toutes plus captivantes les unes que les autres de ces vrais artisans du changement,  et nous rappelle qu’il existe heureusement encore quelques riches corporations pour pratiquer avec classe un mécénat d’entreprise réellement utile.

Patricia Couture-Gurkovska

vendredi, 29 janvier 2010

DE L’UTILITE D’AVOIR DES GAZ

Ce jour-là, un Stephen Harper post Copenhague-fail tentait de faire un Al Gore de lui-même en annonçant des aides financières pour la construction d’une première usine (avant Québec, Saint-Hyacinthe et Longueuil) de traitement des déchets organiques par la biométhanisation. «Ces défis environnementaux, ces défis des changements climatiques vont être là pour longtemps et c’est une chose sur laquelle le gouvernement doit collaborer », d’affirmer M. Harper. (Mais c’est ce que vous faites déjà M. Harper, vous collaborez vraiment avec les changements climatiques.) Et son non moins emballé homologue Jean Charest de renchérir que le Québec était un leader mondial en environnement. Mondial. Ouuuiii M. Charest. On est d’accord. Et Richard Desjardins aussi.

N’empêche. Quand on sait que 99% des ressources prélevées dans la nature deviennent des déchets en moins de 42 jours, et que dans un pays industrialisé comme le nôtre une personne produit en moyenne 2 kilos (4.5 livres) de déchets quotidiennement, on se dit que des projets comme celui de Rivière-des-Vases à Cacouna, il en faudrait beaucoup. Cependant on ne parle pas ici de rebuts comme le métal, le verre, le papier ou certains plastiques, qui sont ou du moins peuvent être recyclés, mais bien des résidus organiques qui se retrouvent généralement en bout de course dans les sites d’enfouissement. Québec avait d’ailleurs déjà fait connaître son intention de bannir l’enfouissement des matières organiques d’ici 2020.  Bref, la biométhanisation, c’est la version usine du bon vieux compostage, qui permet ici de  récupérer  et valoriser aussi les biogaz (méthane, CO2) produits en cours de processus, les transformant en biocarburants et en engrais. La puanteur faite énergie.  Une semblable usine à Singapore a d’ailleurs baptisé sa technologie « Smell Well System ».   L’usine de Cacouna quant à elle, pourra traiter annuellement un volume d’environ 18 000 tonnes métriques de résidus organiques produisant 1,4 million de mètres cube de biométhane épuré.

Restent les restes. Car ces résidus organiques pour lesquels on construit aujourd’hui des usines ne sont ni plus ni moins… que nos déchets de table. Des pelures, des racines, des os, mais surtout, de la bouffe. A l’origine parfaitement comestible. «Ce projet, c’est la fin du gaspillage. Lorsqu’on envoie ces matières organiques dans un site d’enfouissement ou on les brûle, on gaspille une matière qui a une valeur», dixit la ministre québécoise de l’Environnement, Line Beauchamp. Quid du gaspillage en amont ? Celui à l’origine de ces matières « biométhanisables », celui qui nous fait jeter 20 000 tonnes de denrées par an dans la seule région de Rivière-du-Loup ? (8.3 millions de tonnes au Royaume-Uni.)  Solution de riche pour problème de riche ?

Patricia Couture-Gurkovska

mardi, 12 janvier 2010

Le gros frére

Lorsqu’on a fait appel à moi pour bloguer  sur le développement durable,  je me suis d’abord interrogée sur ma propre signification de cette locution oh ! combien moderne et, par conséquent, fourre-tout et galvaudée.  Curieusement, la première image qui s’est imposée n’a pas été celle de panneaux solaires australiens, de parc éolien gaspésien, de voitures électriques ou autre culture équitable de quinoa. C’est plutôt un son qui a précédé l’image, un ronronnement surgi de ma petite-enfance et émanant d’un duo solide et  rassurant : notre ensemble laveuse-sécheuse Maytag/Westinghouse.

Ces deux mastodontes dépareillés (l’un était jaune-or, l’autre vert-tendre-caca-de-bébé) ont constitué les plus immuables fleurons de notre patrimoine électroménager. Ils ont survécu (contrairement à quelques doigts et vertèbres chargés de leur transport) à des déménagements aux deux ans pendant 25 ans, se ploguaient  d’un seul coup à l’aide de l’outil le plus rudimentaire, arboraient chacun UN cadran et au maximum deux ou trois énormes boutons, et effectuaient rigoureusement ce qu’on attendait alors de semblables appareils, soit  laver et sécher nos vêtements. Quand on considère que le  coloré tandem nous avait été donné par ma grand-mère et que ma mère s’en soit débarrassé à contrecœur  au début des années 2000, faute de place dans sa nouvelle petite maison (alors que les engins fonctionnaient toujours, faut-il le souligner), on peut facilement le gratifier de plus d’une  quarantaine d’années de bons,  loyaux, et durables services. Et ce, à ma connaissance, sans qu’une seule fois le coccyx velu d’un quelconque réparateur n’ait eu à se pencher sur leur cas. (Pour d’autres touchants témoignages intimistes de la sorte voir le Protégez-vous, mais surtout le Consumer Report.)

Une  récente étude française affirme que 5,7 milliards de kWh pourraient être économisés dans l’Hexagone en remplaçant les électroménagers de plus de dix ans par des appareils récents. On s’y s’attarde sur les bénéfices environnementaux mais aussi financiers des nouveaux appareils. L’ouvrage revient sur dix ans d’innovation technologique et d’applications de normes ayant permis de les rendre plus efficaces et moins énergivores. Que des faits incontestables et réjouissants. Même si l’étude provient du GIFAM, le Groupement Interprofessionnel des Fabricants d’Appareils d’équipement Ménager… Mais qu’en est-il de la durée de vie ? Un chiffre officiel de 12 à 14 ans si on n’expérimente aucun bris, alors que les équipements deviennent plus complexes, multipliant les matériaux et intégrant des composantes électroniques empêchant presque toujours la réparation.  (Ce qu’on appelle l’obsolescence planifiée )

Et même sans pépin, qui aujourd’hui n’est pas tenté de changer pour le sans cesse plusse meilleur nouveau modèle, celui en inox avec un tableau de bord de cockpit, fonction repassage, puce anti-chaussette manquante, voire enregistrement de vos épisodes de La Galère ? Celui qui, rectitude écologique oblige, vous lave 5 kilos de vêtements dans 3 tasses d’eau, le moins énergivore et pollution sonore, le vraiment plus Energy Star ? Très difficile, pour nous-autres Occidentaux conscientisés et volontaires, de ne pas tomber dans « un développement durable qui, comme son nom l’indique, permet au capitalisme de durer sans qu’il ait à se questionner sur sa logique interne, sur ses modes de production et surtout sans diminuer la consommation » (Pierre Foglia).  Au Canada, c’est plus de 140 000 tonnes de « nouveau » matériel informatique, de téléphones, de téléviseurs, de chaînes stéréo et d’électroménagers  qui aboutissent  annuellement dans des lieux d’enfouissement.

Que des artefacts domestiques datant des années Nixon se soient d’abord posés dans mon esprit en emblème du développement durable n’est donc pas que nostalgie ou sentimentalisme aveugle. Ils me serviront chaque jour de garde-fou dans l’écriture de ce blogue, parce que, vous en conviendrez comme moi, la vérité se trouvera toujours quelque part entre Rogatien et Greenpeace.