Archives pour février, 2010

Patricia Couture-Gurkovska

samedi, 13 février 2010

ETES-VOUS ECOSEXUELS?

La fête de l’amour est de retour et  oui, je vous ferai grâce de tous les possibles calembours pathétiques avec sexe et durable, car la situation n’est pas drôle. Déjà qu’on se casse la tête à savoir comment souligner efficacement et de façon originale la Saint-Valentin, voilà qu’on se doit en plus d’en faire un événement militant, s’inquiéter de l’empreinte écologique de notre passion.  C’est en tout cas ce que nous propose Equiterre dans son article pour une Saint-Valentin responsable. Voilà  bien un titre qui pousse au romantisme, à l’envolée lyrique, aux étreintes lascives, qui donne carrément envie…

Les cadeaux et façons de célébrer proposés sont aussi excitants. Je sais pas vous, mais moi personnellement, les bobettes de chanvre ça me dit rien, je ne considère pas que la raquette, la luge et le patin « sont des moments d’intimité incomparables » ( !) et je crois que j’apprécierais très moyennement que mon chéri m’offre une robe de chez Emmaüs.  Non  le fruit défendu n’est pas toujours vert quand par exemple la seule façon connue de se débarrasser d’un préservatif est de le jeter aux toilettes, ce qui ne sera jamais bon ni pour les tuyaux, ni pour les sites d’enfouissement, ni pour nos rivières. Rendons-nous à l’évidence :  réduire, réutiliser, revaloriser et recycler ne sont pas vraiment des termes applicables…aux capotes. Et non, on ne penche pas toujours du même bord que ceux qui veulent faire « l’amour à la terre ».

Laissons donc la nature nous dicter des  gestes simples comme offrir des fleurs en pot au lieu de fleurs coupées, se gâter au chocolat certifié équitable ou biologique, et concocter un petit souper fait de produits locaux et de saison, autant que possible sans viande dont la production fait des dommages à grande échelle,  surtout si l’on écoute les fortes rumeurs voulant que les végétariens aient de plus savoureux, a-hem, fluides d’amour… Prendre sa douche à deux est source d’économie, un échange torride permet de réchauffer la chambre et donc de baisser le thermostat, et une classique, mais toujours payante, ambiance aux bougies consomme moins d’énergie…  La vôtre, vous savez quoi en faire, depuis que le monde est monde.

Bonne Saint-Valentin

Patricia Couture-Gurkovska

mercredi, 10 février 2010

DJ-PVC


Plusieurs d’entre nous – jeunes branchés ou « vieux » nostalgiques- n’avons pas attendu les articles de la semaine dernière dans la presse québécoise pour célébrer le revival du disque vinyle, conforté par les DJs de toutes générations qui n’ont jamais vraiment quitté les platines. En 2008 aux Etats-Unis, Soundscan constatait une explosion du marché, avec 1,88 millions d’albums sur disque vinyle vendus, même si l’histoire ne dit pas la proportion de vieux « longs-jeu » et d’éditions nouvelles.

Pourtant les 45 et 33 tours, moins pratiques à utiliser qu’un disque compact, plus fragiles avec leurs sillons qui se rayent au moindre choc de l’ « aiguille » avec euh, disons, une bouteille de bière, auraient dû mourir avec l’adoption massive du CD à la fin des années 1980. Mais «  le disque vinyle séduit désormais également des consommateurs lassés par la froideur de la boîte plastique et la pureté trop industrielle du son renvoyé par les lecteurs CD. En ces temps de dématérialisation à l’extrême symbolisée par le MP3 et l’iPod, les amateurs retrouvent le goût de l’objet, des belles pochettes » selon le magazine français Numérama.  Quand même, il continue de se produire près de 40 milliards de CD et de DVD chaque année (2007). C’est un peu plus de cinq disques par humain ! (La vie en vert)

Dans ce combat CD/vinyle, l’excellent Terra Economica s’est demandé lequel est le plus écologiquement correct. Au chapitre des émissions de CO2, il appert que la production d’un CD ne serait pas le plus gros problème, mais que le trajet en voiture effectué par les consommateurs serait responsable de la moitié des émissions, et son emballage en PVC lui, imputable du tiers des émissions de CO2 de toute l’industrie musicale. Avec ses pochettes carton (et ses acheteurs en train, à cheval, en Cadillac ?…), le vinyle sort ici gagnant.  Cependant c’est encore à cause du PVC (Polyvinyl Chloride) dont il est composé que la production de ce dernier – selon Greenpeace – provoque des émanations de toxiques chlorés. Un moindre mal quand on compare avec l’empreinte écologique chargée du CD, en raison des matières précieuses nécessaires à sa fabrication : aluminium, or, argent… Il contient aussi des vernis, des colorants chimiques et du verre. Surtout, il est composé à 90 % de polycarbonate fondu. Et selon la société Coldisk, il faut 30 m3 de gaz naturel, 2 tasses de pétrole brut et 24 litres d’eau pour fabriquer 500 g de ce type de plastique, la quantité nécessaire pour confectionner … 30 CD.

Pour ce qui est de la revalorisation, le disque vinyle biodégradable serait la solution idéale. Un « Mild disk » a été mis au point en 2003 par Sanyo et Mitsui Chemicals, à base d’acide polylactique fabriqué avec de l’amidon de maïs. Malheureusement, aucune commercialisation n’a suivi. Et mis à part les CD comme déco de Noël ou d’horribles tentatives d’artisanat micro-ondes avec les vinyles, les difficultés de recyclage sont réelles .  Enfin je suis d’avis qu’au chapitre des déchets, on jette beaucoup plus facilement un CD et son contenu virtuel, re-téléchargeable à l’envi, que l’expérience unique, chaude et naturelle, du craquement du diamant sur la platine précieuse.

Ah ! mais ici commence l’Autre grand débat ! Allez, « jammons » donc un peu avec Bob Marley version platine et CD, question de se réchauffer le février.


Patricia Couture-Gurkovska

mardi, 2 février 2010

LA ROLEX DES COURGETTES

Le plus renommé des horlogers de luxe  ne pourra être accusé de surfer sur la présente vague écolo-vertueuse,  lui qui a déjà suffisamment de capital, vert ou autre (les plus chères de ses montres-bijoux frôlent le million de dollars). En effet, les Rolex Awards for Entreprise, très méconnus du grand public,  encouragent l’esprit d’entreprise à travers le monde depuis 1976 déjà, en récompensant des projets pionniers et innovants qui contribuent au mieux-être de l’humanité. Evidemment les nouveaux enjeux planétaires ont amené la création d’une catégorie Environnement, dont les lauréats de tous azimuts rivalisent d’idées « durables ».

La Paraguayenne Elsa Zaldivar par exemple, gagnante de 2008, cherchait une façon de redonner de l’emploi aux paysans après la mort de l’industrie du coton et le désastre environnemental de la déforestation causée par la culture extrême du soya. Elle s’intéressa alors à la luffa, cette  abondante variété de grosse courge dont les fibres  séchées sous forme d’éponge  vous  servent peut-être d’exfoliant. La coopérative de femmes dont Elsa est à l’origine devient si compétitive qu’elle exporte jusqu’en Europe et peut rivaliser avec les plantations de luffa chinoises.

C’est cependant avec l’aide d’un ingénieur industriel qu’elle trouva aussi une solution pour les quelque 300 000 familles du pays sans logement adéquat : mélanger les retailles et pertes de la luffa avec du plastique recyclé.  Le matériau ainsi formé sert à la fabrication de panneaux ulta-résistants, légers et très abordables, avec lesquels on fabrique maisons et meubles. La production des panneaux ne génère aucun déchet, et ils peuvent eux-mêmes être recyclés plusieurs fois, jusqu’à ce que le composite ne devienne trop riche en fibres. La mixture peut  alors être utilisée comme un puissant carburant.

Le très beau et foisonnant site des Rolex Awards (en anglais seulement) regorge des initiatives toutes plus captivantes les unes que les autres de ces vrais artisans du changement,  et nous rappelle qu’il existe heureusement encore quelques riches corporations pour pratiquer avec classe un mécénat d’entreprise réellement utile.