Patricia Couture-Gurkovska

vendredi, 29 janvier 2010

DE L’UTILITE D’AVOIR DES GAZ

Ce jour-là, un Stephen Harper post Copenhague-fail tentait de faire un Al Gore de lui-même en annonçant des aides financières pour la construction d’une première usine (avant Québec, Saint-Hyacinthe et Longueuil) de traitement des déchets organiques par la biométhanisation. «Ces défis environnementaux, ces défis des changements climatiques vont être là pour longtemps et c’est une chose sur laquelle le gouvernement doit collaborer », d’affirmer M. Harper. (Mais c’est ce que vous faites déjà M. Harper, vous collaborez vraiment avec les changements climatiques.) Et son non moins emballé homologue Jean Charest de renchérir que le Québec était un leader mondial en environnement. Mondial. Ouuuiii M. Charest. On est d’accord. Et Richard Desjardins aussi.

N’empêche. Quand on sait que 99% des ressources prélevées dans la nature deviennent des déchets en moins de 42 jours, et que dans un pays industrialisé comme le nôtre une personne produit en moyenne 2 kilos (4.5 livres) de déchets quotidiennement, on se dit que des projets comme celui de Rivière-des-Vases à Cacouna, il en faudrait beaucoup. Cependant on ne parle pas ici de rebuts comme le métal, le verre, le papier ou certains plastiques, qui sont ou du moins peuvent être recyclés, mais bien des résidus organiques qui se retrouvent généralement en bout de course dans les sites d’enfouissement. Québec avait d’ailleurs déjà fait connaître son intention de bannir l’enfouissement des matières organiques d’ici 2020.  Bref, la biométhanisation, c’est la version usine du bon vieux compostage, qui permet ici de  récupérer  et valoriser aussi les biogaz (méthane, CO2) produits en cours de processus, les transformant en biocarburants et en engrais. La puanteur faite énergie.  Une semblable usine à Singapore a d’ailleurs baptisé sa technologie « Smell Well System ».   L’usine de Cacouna quant à elle, pourra traiter annuellement un volume d’environ 18 000 tonnes métriques de résidus organiques produisant 1,4 million de mètres cube de biométhane épuré.

Restent les restes. Car ces résidus organiques pour lesquels on construit aujourd’hui des usines ne sont ni plus ni moins… que nos déchets de table. Des pelures, des racines, des os, mais surtout, de la bouffe. A l’origine parfaitement comestible. «Ce projet, c’est la fin du gaspillage. Lorsqu’on envoie ces matières organiques dans un site d’enfouissement ou on les brûle, on gaspille une matière qui a une valeur», dixit la ministre québécoise de l’Environnement, Line Beauchamp. Quid du gaspillage en amont ? Celui à l’origine de ces matières « biométhanisables », celui qui nous fait jeter 20 000 tonnes de denrées par an dans la seule région de Rivière-du-Loup ? (8.3 millions de tonnes au Royaume-Uni.)  Solution de riche pour problème de riche ?

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