Patricia Couture-Gurkovska

mercredi, 10 février 2010

DJ-PVC


Plusieurs d’entre nous – jeunes branchés ou « vieux » nostalgiques- n’avons pas attendu les articles de la semaine dernière dans la presse québécoise pour célébrer le revival du disque vinyle, conforté par les DJs de toutes générations qui n’ont jamais vraiment quitté les platines. En 2008 aux Etats-Unis, Soundscan constatait une explosion du marché, avec 1,88 millions d’albums sur disque vinyle vendus, même si l’histoire ne dit pas la proportion de vieux « longs-jeu » et d’éditions nouvelles.

Pourtant les 45 et 33 tours, moins pratiques à utiliser qu’un disque compact, plus fragiles avec leurs sillons qui se rayent au moindre choc de l’ « aiguille » avec euh, disons, une bouteille de bière, auraient dû mourir avec l’adoption massive du CD à la fin des années 1980. Mais «  le disque vinyle séduit désormais également des consommateurs lassés par la froideur de la boîte plastique et la pureté trop industrielle du son renvoyé par les lecteurs CD. En ces temps de dématérialisation à l’extrême symbolisée par le MP3 et l’iPod, les amateurs retrouvent le goût de l’objet, des belles pochettes » selon le magazine français Numérama.  Quand même, il continue de se produire près de 40 milliards de CD et de DVD chaque année (2007). C’est un peu plus de cinq disques par humain ! (La vie en vert)

Dans ce combat CD/vinyle, l’excellent Terra Economica s’est demandé lequel est le plus écologiquement correct. Au chapitre des émissions de CO2, il appert que la production d’un CD ne serait pas le plus gros problème, mais que le trajet en voiture effectué par les consommateurs serait responsable de la moitié des émissions, et son emballage en PVC lui, imputable du tiers des émissions de CO2 de toute l’industrie musicale. Avec ses pochettes carton (et ses acheteurs en train, à cheval, en Cadillac ?…), le vinyle sort ici gagnant.  Cependant c’est encore à cause du PVC (Polyvinyl Chloride) dont il est composé que la production de ce dernier – selon Greenpeace – provoque des émanations de toxiques chlorés. Un moindre mal quand on compare avec l’empreinte écologique chargée du CD, en raison des matières précieuses nécessaires à sa fabrication : aluminium, or, argent… Il contient aussi des vernis, des colorants chimiques et du verre. Surtout, il est composé à 90 % de polycarbonate fondu. Et selon la société Coldisk, il faut 30 m3 de gaz naturel, 2 tasses de pétrole brut et 24 litres d’eau pour fabriquer 500 g de ce type de plastique, la quantité nécessaire pour confectionner … 30 CD.

Pour ce qui est de la revalorisation, le disque vinyle biodégradable serait la solution idéale. Un « Mild disk » a été mis au point en 2003 par Sanyo et Mitsui Chemicals, à base d’acide polylactique fabriqué avec de l’amidon de maïs. Malheureusement, aucune commercialisation n’a suivi. Et mis à part les CD comme déco de Noël ou d’horribles tentatives d’artisanat micro-ondes avec les vinyles, les difficultés de recyclage sont réelles .  Enfin je suis d’avis qu’au chapitre des déchets, on jette beaucoup plus facilement un CD et son contenu virtuel, re-téléchargeable à l’envi, que l’expérience unique, chaude et naturelle, du craquement du diamant sur la platine précieuse.

Ah ! mais ici commence l’Autre grand débat ! Allez, « jammons » donc un peu avec Bob Marley version platine et CD, question de se réchauffer le février.


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