Patricia Couture-Gurkovska

lundi, 8 mars 2010

Pour une Année internationale de la tourte

tourte

Ainsi  donc nous avons entamé depuis trois mois l’Année internationale de la biodiversité. Ouch. Pas vraiment une bonne nouvelle. « Depuis 1959, l’ONU désigne des années internationales pour attirer l’attention sur de grandes questions et encourager la collectivité mondiale à se pencher sur des dossiers revêtant de l’importance et ayant des conséquences pour toute l’humanité ». Le fait est que normalement, quand l’ONU nous décrète une année internationale, c’est qu’on vaut pas cher la livre, qu’on fait pitié, qu’on n’est pas mort mais pas fort, que notre cause est quasi désespérée, que ça va mal à shoppe , bref, qu’on est un peu dans la mouise. Souvenez-vous, en 1975,  c’était l’Année de la femme, en 1981, l’Année des personnes handicapées, en 1993 celle des populations autochtones, en 2003 celle de l’eau douce et en 2008 celle de la, euh …pomme de terre, qui invitait probablement tous les Hommes de bonne volonté à ne pas lâcher… la patate… (NDLR : il est 3h00 du mat, et je trouve ça hi-la-rant.)

Mais je m’égare. Si L’Organisation des Nations unies a choisi 2010 pour attirer l’attention sur l’érosion de la diversité biologique, qui mine petit à petit la planète, c’est qu’au rythme actuel, 34 000 espèces de plantes et 5200 espèces animales risquent l’extinction. Il est de ces sujets dont on subodore les abîmes et qu’on préfère ne pas approfondir parce qu’ils nous foutent une déprime monstre. La disparition des espèces est l’un de ceux-là pour moi. On a tous dans notre tête les beaux yeux au beurre noir des derniers pandas en captivité, les têtes blanches écrabouillées des bébés phoques (hon, désolée, ceux-là ne sont pas encore en voie d’extinction. Ca compte pas.) et l’ours polaire amaigri dérivant seul sur son petit bout de banquise. Ce sont les plus médiatisés (et banalisés) et ils font déjà assez mal pour nous passer l’envie de gratter le bobo.  J’avais pas envie de savoir que la tourte, qui avant d’être une tarte était un oiseau, l’oiseau le plus abondant en Amérique du Nord au XIXe siècle,  est complètement disparue de la surface de la Terre, tout comme le grand pingouin ou le canard du Labrador. (Beau document de vulgarisation préparé en 2001 par Découverte)  « Processus prédateurs-proies tout-à-fait naturels » tempéreront certains lettrés, « pas si pire que sa, complot écologist pour faire peur aux mondes» renchériront leurs blogosphéreux cousins consanguins. Et Ban Ki-Moon d’implorer les quelques 100 ministres de l’Ecologie et autres dignitaires réunis à Bali le mois dernier  pour discuter biodiversité, de prendre garde aux climato-sceptiques et à leurs tentatives de dernière minute de saper les négociations.

La tourte n’est plus et on se sent bien tarte. On se raccroche à de salutaires initiatives, comme ces Héros de la biodiversité, qui à l’instar de nos Artisans du changement, continuent d’y croire et d’agir à leur échelle.

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