Patricia Couture-Gurkovska

dimanche, 19 février 2012

Citadin cherche arbre pour relation amicale

L’urbanisation suit une courbe épidémique croissante, telle une vidéo de chaton sur Youtube. Pas moins de 70% de la population mondiale vivra en ville en 2050, selon les prédictions de l’ONU. Chiffre que j’engraisse en occupant mes 60 mètres carrés de ciment. Fille de campagne déracinée, la Jane en moi réclame régulièrement son lopin de jungle pour s’y faire une cabane. Où trouver un coin de verdure, coincée entre boulevards et avenues? Il y a les parcs, ces terrains de jeu pour chômeurs dépressifs, pervers, jongleurs et joueurs de didgeridoo. Trop risqué. Apprentis Artisans du Changement, explorons d’autres solutions au blues du béton.

(cc) par hikingartist.com

Semer illégalement

Pour me ruraliser un peu, j’ai essayé la plante d’appartement, l’occupation de plate-bande parlementaire, le Musée du topinambour et le non moindre Farmville, propriété de la société Zynga qui s’en met plein la poche de patates via Facebook. Constat : les réseaux sociaux c’est le Diable et être occupationniste, c’est fatiguant. Si comme moi vous êtes un jardinier refoulé sans terre labourable, je vous suggère de devenir guerillero. Joignez les rangs de ce mouvement qui sème la tomate et le tournesol autour de lui, le Guerilla Gardening. Armé d’une pioche et d’un râteau, votre mission consistera à verdir les terre-pleins et bacs à fleurs abandonnés de votre ville. N’étant pas autorisé à piocher dans l’espace public, vous sévirez discrètement, voire la nuit.

Planter dans sa tête

Vous préférez l’art au jardinage? Plantez des forêts imaginaires. Imitez l’Urban Forest Project et transformez les lampadaires en bouleaux et platanes. Ayant conquis New York, Washington et San Francisco, le projet vise à sensibiliser les citoyens à l’environnement en jouant sur la métaphore de l’arbre et du poteau. Artistes et designers s’approprient les bannières de lampadaires avec des propositions visuelles qui réfèrent à la forêt. Le projet terminé, les bannières sont récupérées sous forme d’objets design. Si vous êtes plutôt du type cabane en forêt, songez à planter la forêt dans une cabane! Construisez votre propre simulateur de jungle, comme la firme DUS Architects avec son Unlimited Urban Woods. Vous investirez dans quelques planches pour la structure, des miroirs en guise de revêtement intérieur, ainsi qu’un arbre qui sera déposé au centre de la cabane. L’image de ce dernier sera réfléchie à l’infini sur les parois, créant l’illusion de forêt.

Avoir son loft dans les arbres

Mégalomane, le mobilier urbain est trop petit pour vos ambitions? Devenez architecte utopiste en vous inspirant du projet Sea Tree, de la firme d’architecture néerlandaise Waterstudio. L’idée est simple : construire, en bordure des villes côtières, des îles artificielles surplombées de jardins en étages. Inaccessibles aux humains mais visibles depuis la terre ferme, ces îles sauvages (artificielles!) permettraient à la faune et à la flore d’y roucouler tranquille. Dans la foulée, lancez-vous dans le commerce des longues-vues. Si toutefois vous êtes pressé de voir vert par la fenêtre de votre loft, réservez maintenant votre place dans la tour d’habitation Bosco Verticale à Milan. Vous aurez une mini-forêt sur votre balcon, et pourrez voir l’économie italienne subir les affres de la crise, abrité sous les feuilles.

Planter une ville

Conquérant, vous aspirez à fonder une ville parce que fonder un foyer, c’est ringard? Un conseil pour vos plans d’aménagement : assurez-vous de pouvoir filer au boulot d’arbre en arbre. Inspirez-vous des villes de Prague, Malmö ou Turku, récipiendaires du prix European City of the Trees, qui récompense les villes européennes intégrant une conscience arboricole à leur effort de développement. Gardez toujours en tête que trop de béton tue le béton, et que tôt ou tard vos concitoyens auront besoins d’arbres pour respirer. C’est la conclusion de la municipalité de Beijing, qui vient d’annoncer que des arbres seront plantés sur 133 km2 en périphérie de la ville au cours de 2012, dans un plan pour contrer la pollution atmosphérique. Détail amusant : 50 villages seront déplacés afin d’accueillir ces nouvelles forêts. Quand l’expression “faire de l’air“ prend tout son sens…

Par malchance géographique, mon mal du bois émerge parallèlement à la crise économique qui frigorifie l’Europe. En observant ces nombreux citadins grecs qui se réfugient à la campagne avant d’être sur la paille, je sympathise. Anciens salariés et nouveaux pauvres, la campagne leur offre une promesse de qualité de vie sinon meilleure, au moins supportable. Tendance, l’exode urbain? Chose certaine, l’arbre est devenu le meilleur ami de l’homme depuis que celui-ci paye trop cher un appart en ville…où les chiens sont interdits.