Billets marqu�s ‘développement durable’

Patricia Couture-Gurkovska

lundi, 22 mars 2010

PASSEZ AU SALON

Si vous avez la chance de vous trouver à Paris cette fin-de-semaine, rendez-vous au (gigantissime) Parc des expositions pour visiter le Salon de la consommation durable annoncé comme la plus belle vitrine des produits verts, bio, éthiques et équitables. Le salon lui-même est éco-conçu : les 2 premières éditions du salon ont permis de déployer des initiatives innovantes contribuant à réduire l’impact environnemental de l’évènement : format de location pour les revêtements de sol, utilisation de moquette recyclable pour les stands et allées, pose partielle de revêtement sur le sol (larges surfaces non recouvertes), utilisation de cloisons et mobilier en carton pour les stands équipés, totalité du guide exposant géré en ligne (pas d’impression papier), impression des documents marketing avec des encres sans solvant minéral sur du papier provenant de forêts gérées durablement. De plus, pour la première fois dans le monde des salons, Planète Durable® réalise le bilan carbone© global de la manifestation et initie une action de compensation des émissions résiduelles du salon.

Le seul bémol qu’on pourrait mettre c’est que, bien qu’il ne s’en cache pas, le salon est axé sur la consommation, crée de toutes pièces de nouveaux besoins verts, bref louange le système même qui nous a menés là où nous en sommes. Le monstre n’étant jamais rassasié, la dégradation de la planète est accueillie par plusieurs comme une nouvelle économie, comme les gens de Planète Durable® qui croient que « celle-ci constitue un véritable progrès : celui de consommer non pas moins, mais mieux et ce, avec autant, voire plus de plaisir ! »

Patricia Couture-Gurkovska

mardi, 2 février 2010

LA ROLEX DES COURGETTES

Le plus renommé des horlogers de luxe  ne pourra être accusé de surfer sur la présente vague écolo-vertueuse,  lui qui a déjà suffisamment de capital, vert ou autre (les plus chères de ses montres-bijoux frôlent le million de dollars). En effet, les Rolex Awards for Entreprise, très méconnus du grand public,  encouragent l’esprit d’entreprise à travers le monde depuis 1976 déjà, en récompensant des projets pionniers et innovants qui contribuent au mieux-être de l’humanité. Evidemment les nouveaux enjeux planétaires ont amené la création d’une catégorie Environnement, dont les lauréats de tous azimuts rivalisent d’idées « durables ».

La Paraguayenne Elsa Zaldivar par exemple, gagnante de 2008, cherchait une façon de redonner de l’emploi aux paysans après la mort de l’industrie du coton et le désastre environnemental de la déforestation causée par la culture extrême du soya. Elle s’intéressa alors à la luffa, cette  abondante variété de grosse courge dont les fibres  séchées sous forme d’éponge  vous  servent peut-être d’exfoliant. La coopérative de femmes dont Elsa est à l’origine devient si compétitive qu’elle exporte jusqu’en Europe et peut rivaliser avec les plantations de luffa chinoises.

C’est cependant avec l’aide d’un ingénieur industriel qu’elle trouva aussi une solution pour les quelque 300 000 familles du pays sans logement adéquat : mélanger les retailles et pertes de la luffa avec du plastique recyclé.  Le matériau ainsi formé sert à la fabrication de panneaux ulta-résistants, légers et très abordables, avec lesquels on fabrique maisons et meubles. La production des panneaux ne génère aucun déchet, et ils peuvent eux-mêmes être recyclés plusieurs fois, jusqu’à ce que le composite ne devienne trop riche en fibres. La mixture peut  alors être utilisée comme un puissant carburant.

Le très beau et foisonnant site des Rolex Awards (en anglais seulement) regorge des initiatives toutes plus captivantes les unes que les autres de ces vrais artisans du changement,  et nous rappelle qu’il existe heureusement encore quelques riches corporations pour pratiquer avec classe un mécénat d’entreprise réellement utile.